PROFESSEUR DE YOGA, PAS MAÎTRE ZEN

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Bon, je ne vous apprendrai rien si je vous parlais du confinement du point de vue « professeur de yoga ». D’ à quel point c’est dur d’être enfermés, à quel point notre statut en tant que professeur de yoga libéral est précaire. A quel point le contact physique nous manque autant que d’exercer notre métier normalement … Pour toutes ces raisons, et même avec la meilleure volonté du monde, je dois admettre que je ne me suis pas sentie au top dernièrement. 

Une de mes élèves à Sputnik Yoga Space l’a remarqué la semaine dernière. Elle a sûrement lu entre les lignes ou a du remarquer que je n’étais « pas comme d’habitude » peut-être …

Et ce n’est pas quelque chose qui m’a gênée. Ca aurait pu ! J’aurais pu être mal à l’aise parce qu’après tout, ça casse le mythe du professeur de yoga zen-jamais en colère-traversant toutes ses émotions sans problèmes à travers la réalisation du Soi.

Mais non. Parce ce que ce n’est pas comme ça que je me visualise finalement.

Etre professeur de yoga, c’est déjà respecter Satya, non ? 

Cette anecdote m’a démontré (si tant est qu’il y avait besoin de le faire) à quel point j’aime jouer la carte de la transparence avec mes élèves. 

Si je vais mal je leur dis, même si c’est à demi-mot. Quand je suis heureuse de les voir, je leur dis. Lorsque je rencontre des difficultés, je leur dis, même si je ne rentre pas dans le détail des difficultés en question. Si je fais une boulette au beau milieu d’un cours, j’en rigole avec eux et je profite humblement de ce moment pour me reconnecter à ma position « d’humaine avant tout ».

Parce que je dois la transparence à mes élèves, comme dans toute relation humaine finalement. Et aussi parce que ça rejoint l’idée que je me fais de Satya, l’honnêteté.

Me placer en professeur de yoga « zen contre toutes épreuves » face à eux serait un mensonge criant. Ne pas leur faire part des épreuves que je peux surmonter (à nouveau, même sans avoir à rentrer dans le détail) me placerait en personne que je ne suis pas. Et ce n’est pas comme ça que je veux que les élèves me voient. Ce n’est pas comme ça que j’envisage mon activité. 

Je ne suis pas professeur de yoga parce que je suis sachante et que mes élèves sont ignorants. Je suis professeur de yoga parce que je suis passionnée à la fois par cette discipline et par la transmission. Ce qui fait que je reste une humaine avant tout. Pas une yogini, pas une grande sage. Une humaine, vivant dans un pays occidental avec tout ce qu’il en va de tribulations mentales-économiques-financières-écologiques et j’en passe. 

Se remettre à sa juste place ...

Bien sûr que grâce à la pratique plus que régulière du yoga nous acquérons un outil pour voir les choses différemment. Mais cela ne doit pas me placer en gourou face à mes élèves. Cela doit me placer en « aide » .

Et pour être une aide, je dois finalement expérimenter les choses « avant eux ». Ou du moins en retirer les leçons avant eux pour pouvoir prétendre à les accompagner. Auprès de mon élève objet de cette anecdote, c’est le discours que j’ai tenu : je me vois comme un laboratoire d’expériences. Je suis un peu le « tube test » qui tire les leçons de ses expériences pour essayer humblement de déblayer un chemin pour les élèves ensuite.

Parce que sans expérience, pas de partage. Sans partage, sans rien à donner, le pouvoir de l’enseignement reste malheureusement vain, ou très limité. 

C’est ce qui fait la beauté de ma position finalement. C’est aussi ce qui donne tellement de sens à tout ce que je peux faire. Peu importe ce que je traverse, peu importe mes sensations, peu importe la teneur de mes expériences : elles sont là pour me nourrir un peu plus et pour m’aider à essayer de nourrir celles et ceux qui me font l’honneur de leur présence pour chacun de mes cours. Et, puisque je ne suis pas un Sadhu, je n’accumule pas cette expérience uniquement sur le tapis en pratiquant ou en méditant. Cette expérience est dans tous les aspects de mon quotidien pour lesquels je ramène une « teneur yogique ». 

C’est d’ailleurs le but de mon podcast L’accent Yogi : le yoga est partout. Nous avons le pouvoir d’infuser du yoga partout dans notre vie. C’est si simple (et pourtant si long) finalement, d’apprendre à regarder les choses sous l’angle du yoga … 

Etre professeur de yoga, c’est humainement trouver du sens à ce que l’on fait 

Il est là finalement, le but de ce que je fais. Ce n’est pas d’être acrobate. Ca ne consiste pas en vous livrer des abdominaux en béton. Il n’est pas de vous faire monter sur les mains en un clin d’oeil.

Tout ça, j’en suis intimement convaincue, vous pouvez le faire avec ou sans moi.

Je n’ai que pour but de partager avec vous cette expérience du yoga, sous le prisme de ce que j’ai pu vivre. De ce que j’ai pu retenir en tant que pratiquante de yoga et surtout en tant qu’humaine. Je ne suis pas là pour vous dicter une conduite ou vous imposer quoi faire derrière un faux sourire Colgate teinté de « good vibes only ».

Professeur de yoga, c’est peut-être vous aider à devenir encore plus humains finalement … Et vous laisser vous reconnecter à ce qu’il y a de plus beau en vous et à votre étincelle de vie

Et surtout, prenez soin de vous

Marie 

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