RÉCIT DE VIE (4) - MON SYNDROME DE L'IMPOSTEUR

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"Mon syndrome de l'imposteur" ... Sans mentir, ça doit bien faire la quatrième fois que je m’y reprend pour écrire cet article. Je crois que j’ai beaucoup de mal à trouver les mots justes pour décrire ce qui me ronge depuis de nombreux mois maintenant.

Il s’est glissé dans ma vie assez sournoisement. Sans crier gare, comme une sensation qui s’est emparée de moi. Une petite voix dans ma tête qui n’a eu de cesse de me répéter que je n’étais pas assez bien, et tout ce qui va avec … Que je ne méritais pas ce qui m’arrivait, qui était éventuellement du à de la chance.

C’est cette histoire que je voulais vous raconter aujourd’hui. Comme toujours, non pas par pur plaisir de la raconter pour la raconter. Je voulais surtout vous parler, et peut-être vous aider avancer sur votre propre chemin si vous traversez la même chose que moi. Parce que oui, on ne s’en rend pas compte, mais on est jamais vraiment seul-e à vivre ce genre de choses … 

 

L’arrivée du syndrome de l’imposteur : (re)plantons le décor 

Au commencement : l’enseignement du yoga 

Il y a quelque temps déjà, j’ai décidé de mener une vie qui me ressemble et de devenir professeure de yoga. D’un point de vue strictement formel, je suis donc devenu auto-entrepreneure. Cette solution m’a semblé être la meilleure pour mener à bien toutes mes activités et autres projets. En effet, je suis également devenue rédactrice de contenu en freelance. 

Pour ce qui est du yoga, tout s’est finalement déroulé assez naturellement. J’ai commencé à donner quelques cours particuliers. Il s’agissait de personnes de mon entourage proche, venues vers moi pour découvrir cette pratique encore complètement inconnue pour eux. J’ai dans un premier temps commencé à accompagner un débutant sur son chemin du yoga. Puis une autre. Puis, encore une autre.

Et puis, par la force des choses, j’ai tout doucement commencé à enseigner avant de débuter ma formation. Pour rire, mes premiers élèves se qualifiaient eux-mêmes de « cobayes ». Et, c’est vrai qu’ils étaient un peu mon laboratoire pour me tester, pour me corriger moi-même dans mon enseignement, et surtout, pour commencer doucement à gagner en expérience.

Je m’éclatais à donner mes premiers cours. Mes premiers élèves ! Ils occuperont maintenant et à jamais une place toute particulière dans mon coeur. Et, grâce à eux, je découvrais cette toute nouvelle sensation de faire les choses avec passion et avec le coeur. C’était du travail évidemment. Aux petits soins, je préparais minutieusement chaque séance que j’adaptais à chaque personne. Et j’aimais vraiment ça, et surtout, qu’est-ce que je me sentais vivante ! (C’est évidemment encore le cas aujourd’hui, je vous rassure sur ce point !)

 

Le syndrome de l’imposteur, ce nouveau meilleur ennemi 

C’est là que notre ami (non) le syndrome de l’imposteur a commencé à s’inviter. Je n’ai d’ailleurs pas commencé par lui donner ce petit nom. Je ne l’ai même pas nommé en fait. Assez fourbe, il prenait la forme d’une sensation très puissante. Un sentiment qui se logeait dans ma poitrine et surtout dans ma tête et qui était, ma foi, carrément bruyant et encombrant. Sans rire, il parlait sans cesse, et son discours ne faisait que de se nourrir de plus en plus, encore et encore. 

« Tu te prends pour qui à faire ça ? » « Qu’est-ce que tu crois que tu es ? Une professeur compétente ? Il y a des professeurs qui ont mis 15 ans avant d’enseigner, qu’est-ce que tu crois faire du haut de tes petites années de pratique ? » « Ces compliments ne te sont pas adressés, cette personne te mens, ou se ment éventuellement à elle-même en pensant du bien de tes cours. Et puis, elle te dit ça pour te faire plaisir » « Tu n’es certainement pas à la hauteur » 

En commençant à enseigner, je ne m’étais en fait jamais posé la question de savoir si mes cours allaient plaire ou non. Je me disais simplement que j’allais offrir des outils à mes élèves, que nous allions passer un bon moment ensemble, que j’allais construire correctement mes séances … Mais rien de plus. Et je crois que ce syndrome de l’imposteur a commencé à se faire de plus en plus bavard dès lors que je recevais des compliments de la part de mes élèves. 

Ces derniers qui me disaient passer de bons moments sur le tapis. Qui ressentaient cette énergie de transmission. Ceux qui me disaient « sentir qu’il se passait des choses grâce à moi », dans leur corps comme dans leur esprit … 

 

Le syndrome de l’imposteur ou la sensation d’être un gros fake 

Tout ça aurait pu être extrêmement positif pour moi. Ça se serait arrêté là et tout aurait suivi son cours, sans plus de questions. C’était sans compter sur mon nouveau discours intérieur …

Et ça a commencé à me bouffer. Réellement. J’ai, pendant un temps, perdu mes moyens. J’ai eu du mal à préparer mes séances, à y trouver du plaisir, persuadée que mes élèves allaient découvrir que je n’étais rien d’autre qu’une arnaque totale. J’étais persuadée de ne pas être assez (assez expérimentée, assez experte, assez bien en somme) et, pire que ça, de voler le temps et l’argent de mes élèves.

« Fake it til you make it » m’avait un jour conseillé un jeune entrepreneur rencontré dans une soirée. Il ne s’était pas trompé sur la forme : un gros fake, c’est littéralement ce que j’avais l’impression d’être. Je n’arrivais pas à comprendre comment il était possible que mes élèves me fassent confiance, même une fois formée. 

Après quelques mois, je peux le dire : lutter contre le syndrome de l’imposteur fut le plus gros challenge que j’ai eu à vivre en me lançant comme indépendante. Lorsque vous choisissez de vivre de votre passion, les premières barrières à faire tomber ne sont pas matérielles. Elles sont, au contraire, complètement psychologiques. Il y a la difficulté à « passer le cap », à faire fi de tout ce que vous pouvez entendre, à trouver toute la force nécessaire pour que le projet fonctionne, à passer le stade des formalités administratives … 

Mais tout ça n’est vraiment rien comparé à la difficulté de se sentir légitime, si toutefois vous rencontrez ce problème. Et là, je sais que je lance un pavé dans la mare. Parce que, bon sang, c’est quoi être légitime ??

 

« Ils ne se rendent pas compte que je ne suis pas assez bien » 

 

C’est une question qui tournait en boucle dans ma tête. Et, même si je finissais par y arriver et par passer des moments sublimes, ça ne me quittait pas. 

Ce sentiment d’illégitimité se traduisait, pour ma part, par plusieurs peurs. Celle d’être démasquée, celle ne de pas être à la hauteur. Celle qui finirait par échouer quand le monde entier (en toute modestie, évidemment) ce serait rendu compte de ce que j’étais. 

J’ai été, un jour, horrifiée de voir à quel point je pouvais me retrouver dans les trois piliers du syndrome de l’imposteur définis par le docteur Kevin Chassangre. C’est d’ailleurs ce jour-là que j’ai commencé à mettre des mots sur la souffrance qui m’habitait. 

 

  • l’impression de tromper son entourage, de ne pas être à la hauteur et de ne pas mériter sa position actuelle 
  • la mauvaise attribution, expliquer sa situation par des facteurs externes : la chance, le hasard, une erreur, les relations, la facilité de la tâche
  • une peur irrationnelle d’être démasquée 

 

Kevin Chassangre ajoutait également que les vrais imposteurs n’étaient pas ceux qui souffraient de ce syndrome. Les personnes qui trompent délibérément les autres ne se posent pas toutes ces questions et ne passent pas par toutes ces phases, finalement … Le syndrome de l’imposteur, c’est donc absolument vouloir se persuader que l’on en est un. 

Ca a été un moment aussi pénible qu’énergisant pour moi. C’était donc ça ?! Mettre des mots sur ce qu’il se passait m’a aidé à passer un cap … Et m’a aussi aidé à vous en parler aujourd’hui finalement. 

 

Comment se traduit le syndrome de l’imposteur au quotidien ? 

 

D’un point de vue plus général, j’ai pu identifier ce qui nourrissait ce syndrome de l’imposteur et cette petite voix qui tournait en boucle dans ma tête. 

 

L’anxiété, la classique 

Premièrement, j’ai réussi à réaliser qu’il nourrissait une certaine forme d’anxiété en moi au quotidien. Elle était due à plein de choses : la peur de l’échec, la peur que « les autres » se rendent compte que j’étais super nulle, la peur de ne pas reproduire un succès déjà réalisé …

Tout ça mêlé à une grosse culpabilité vis-à-vis de ma réussite et à un sacré dénigrement de mes propres compétences et de mon savoir. 

C’était aussi le fait de me dire constamment « je ne sais pas si ce que je fais va marcher, je ne sais pas si je suis à la hauteur » … Me rendant encore plus perfectionniste que je ne l’étais (malheureusement) déjà. 

 

Le perfectionnisme, le relou 

Ca entraînait finalement chez moi une certaine rigidité et un perfectionnisme proche de la maniaquerie. Il fallait que je corrige absolument chaque détail de ce que je faisais, dans le fait de préparer mes cours comme dans le fait de les donner. Je me suis finalement rendu compte que je voulais que tout soit absolument parfait … Pour ne pas qu’on démasque mon supposé manque de compétence et d’expertise.

J’avais finalement du mal à savourer tout ce que je vivais, puisqu’il y avait toujours quelque chose qui n’allait pas et que je pouvais ENCORE améliorer. 

J’ai même fini par ne plus m’autoriser de faire des erreurs. Vous imaginez, si quelqu’un finissait par découvrir que je n’étais en fait qu’une imposture nappée d’incompétence ?

Alors le perfectionnisme, c’est bien … Mais c’est comme tout, c’est mieux quand c’est équilibré ! 

Cette forme de perfectionnisme entraînait également dans son sillage des heures et des heures passées à travailler (en tant qu’indépendant-e, ça peut aller très vite). Et, pendant les moments dédiés au repos, je me disais à nouveau que si je ne travaillais pas dur, je ne serais pas à la hauteur.

C’est là que je culpabilisait dès lors que j’avais le malheur de prendre un moment de pause. Que je n’arrivais plus à déléguer. Tout ça dans le but de me rassurer.

Ca allait d’ailleurs de pair avec une représentation très rigide de l’idée de « performance ». Comme si je considérais qu’on était soit complètement bon, soit un véritable imposteur. En oubliant donc que nous évoluons constamment. Que nous passions notre temps à progresser et à nous améliorer dès lors que l’on choisissait d’emprunter sérieusement une voie en particulier.

 

La sur-formation, la chronophage 

Je me suis aussi rendu compte que je passais ma vie à me renseigner sur des formations à réaliser, en plus de la formation « longue durée » dans laquelle je suis déjà engagée, et des formations auxquelles j’avais déjà participé.

Je vous l’accorde, j’ai très soif d’apprendre puisque je suis passionnée par mon métier. Métier que je n’envisagerai de toutes façons pas sans formation régulière pour toujours apprendre … Pour mieux transmettre.

Mais il y a un monde entre se passionner, et se renseigner sur 5 formations à la fois !! 

J’ai réalisé que je me persuadait que ça compenserait « mon manque d’expertise ». Je me suis imposé d’attendre au moins quelques mois à chaque fois qu’une formation faisait « tilt ». Pour prendre le temps de bien y réfléchir et pour bien comprendre pourquoi je la réalisait. 

Faute de quoi, au moment où on parle, je ne me serais toujours pas lancée, par peur « de n’avoir pas encore assez de connaissances ». Et, quand je regarde en arrière, je me dit que ça aurait été bien dommage ! 

Alors, je comprend : pour bien des personnes, nous ne sommes légitimes qu’à la mesure des diplômes que nous possédons et des examens que nous avons réussi (ou pas). 

Pourquoi pas, mais cela occulte ce qui est pourtant essentiel : la qualité et la valeur de notre expérience.

Après tout, on ne fait qu’en accumuler de l’expérience, bien plus que des diplômes d’ailleurs. Tous ces épisodes de notre vie qui nous font grandir, qui nous rendent clairvoyants sur nous-mêmes. Qui nous permettent aussi de savoir qui nous sommes … 

Souffrir du syndrome de l’imposteur peut nous faire oublier tout ça. On oublie aussi d’apporter à nos épisodes de vie leur juste valeur … comme si les diplômes étaient un passe-droit vers notre fameuse légitimité. L’expérience est aussi une forme d’expertise.

 

L’auto-sabotage, la meilleure « fausse bonne idée » 

A cause de cette peur irrationnelle créée par le syndrome de l’imposteur, il pouvait m’arriver de m’auto-saboter … Assez régulièrement finalement.

Ca prenait en général deux biais.

Je pouvais carrément procrastiner, par peur de réaliser une tâche pour laquelle je ne me sentais absolument pas légitime et compétente (préparer un cours ou rédiger un article, dans la plupart des cas). Puis, l’échéance approchant, je devais alors mettre les bouchées doubles pour faire mon travail dans les temps.

Ma peur pouvait également m’enfermer dans une forme de travail frénétique, doublé du perfectionnisme affolant que j’ai listé plus haut. 

Dans les deux cas de figure, lorsque je réussissais chaque tâche qui m’incombait, le syndrome de l’imposteur finissait par refaire surface. Je réussissais, mais grâce à la chance (dans le cas de la procrastination) ou grâce à tous les efforts que j’avais fourni (dans le cas du travail dans sa version « too much »). Et, puisque je fournissais autant d’efforts, c’est bien que j’étais carrément nulle voyez-vous … Sinon ça aurait du être facile. 

Cette impression de ne pas être à la hauteur m’empêchait d’apprécier le fait que j’étais en train de réaliser des travaux qui étaient plaisant pour moi.

 

Le syndrome de l’imposteur : les solutions que j’ai pu trouver 

 

Comme à mon habitude, j’ai commencé à me poser des milliers de questions sur le pourquoi du comment. Qu’est-ce qui pouvait bien nourrir un tel sentiment qui, il faut le dire, est sorti un peu de nulle part.

J’ai fini par dégager un espèce de florilège de réponses que je voulais vous partager aujourd’hui, en espérant que mes réflexions puissent aider (ou au moins intéresser) certain-e-s d’entre vous.

 

Le syndrome de l’imposteur, ce sentiment partagé 

Lorsque j’ai découvert de quoi il s’agissait, je me suis mise à énormément me documenter sur le syndrome de l’imposteur. Et j’ai été sidérée par une découverte en particulier … J’ai constaté qu’énormément (et je pèse mes mots) de monde partageait ce sentiment … En particulier des personnes particulièrement brillantes, dans beaucoup de domaines différents. 

John Steinbeck a un jour dit « je ne suis pas écrivain, je me suis dupé moi, et les autres »

Albert Einstein, « juste » considéré comme l’une des personnes les plus intelligentes de l’histoire a déclaré que toute l’estime qui lui était portée le rendait mal à l’aise. Einstein lui-même se considérait donc comme une escroc involontaire.

Le syndrome de l’imposteur est finalement vécu, en silence, par énormément de personnes titulaires de postes à responsabilité ou même de prix Nobel. Même problématique pour certains brillants étudiants sélectionnés dans de grandes écoles par exemple. 

Loin de moi l’idée de me comparer à Einstein, mais ça m’a tout de même énormément rassuré. De ne pas être la seule à me dire « je ne mérite pas ce qu’il m’arrive ». 

 

En parler (beaucoup) autour de soi 

D’où ma deuxième solution : ne pas avoir peur d’en parler autour de soi. Je crois qu’il faut vraiment oser. Souvent, on garde nos ressentis pour nous et on pense alors que l’on est seul-e à souffrir du syndrome de l’imposteur. 

Et quelle libération de constater que non. Comme tout ce que l’on peut traverser, nous ne sommes pas les seuls à le vivre. 

Finalement, le syndrome de l’imposteur implique d’être très auto-centré. On se concentre sur soi et on en oublie le sens et l’intérêt de tout ce que l’on entreprend, souvent pour s’inspirer soi-même et pour servir toute notre communauté. Nous apportons de la valeur par nos actes, et c’est en cela que nous devons finalement nous concentrer sur ce que l’on apporte aux autres avant tout je crois … J’ai, en plus, trouvé que cela m’aidait à diminuer mon niveau de stress. 

 

Toujours se rappeler que OUI, nous sommes capables 

Last but not least, il faut toujours se rappeler de chacune de nos réussites, quitte à en faire une liste. C’est ce qui nous aidera à nous souvenir que NOUS SOMMES CAPABLES, que nous n’avons pas volé tout ce que nous avons construit à qui que ce soit et surtout, que nous ne trompons personne … 

Cela me permet aussi de me rappeler de tous les gens qui m’ont fait confiance. Qui ont su me donner une chance, et me permettre d’avancer sur mon chemin. Graviter auprès d’eux est, encore aujourd’hui une expérience incroyable … Puisque je profite moi-même de leur expérience incroyable ! 

 

Vous êtes assez … 

Ce que j’avais envie de vous dire aujourd’hui, c’est que vous n’êtes pas seul-e-s. Nous sommes tous pareil-le-s. Salarié-e-s, étudiant-e-s, entrepreneur-e-s, patrons et patronnes. Amoureux, amoureuses, ami-e-s, pères et mères. Quelle que soit votre place, quel que soit votre rôle, la bataille vers la confiance en soi fait toujours rage, bien qu’elle soit insidieuse et cachée au fond de nous. 

Nous ressentons tous la peur, à un moment où un autre de notre vie. La peur de ne pas être à la hauteur de ce que nous attendons de nous-mêmes ou de ce que nous pensons que les autres attendent de nous. 

Et, finalement, ce qui compte toujours c’est de faire les choses avec le coeur. Avec passion. De vibrer et d’apporter cette vibration aux autres et au monde.

Continuons à nous donner les moyens de faire ce que l’on aime. Continuons à progresser, à avancer sur notre chemin et à notre rythme, quel que soit notre discours mental, souvent biaisé par une faible estime que nous offrons à nous-mêmes.

Et surtout, prenez soin de vous,

Marie

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