POURQUOI NE FAUT-IL PAS CONFONDRE YOGA ET BIEN-ÊTRE

yoga et bien-être

 Je sais que je lance un sacré pavé dans la mare avec un titre pareil.  Il s’agit d’un propos peu conventionnel, surtout vu la manière dont le yoga et la méditation sont parfois « vendus » en Occident. C’est un sujet sur lequel je réfléchis énormément et qui porte réellement ma pratique, qui lui donne une direction. J’espère de tout coeur que j’arriverai à vous faire comprendre pourquoi à travers cet article. 

Je précise aussi que je suis évidemment ouverte à toute forme de dialogue et de partage sur ce sujet, si le coeur vous en dit après lecture ! 

 

Ce week-end, j’ai eu la chance d’assister à un stage de Yin yoga depuis mon salon, via Zoom. Organisé par l’incroyable Anne-Gaëlle (son site ici), il fut porteur de belles réflexions et découvertes en tout genre. C’est l’avantage des « cercles », ces moments de réunion privilégiés au cours desquels nos énergies et nos questionnements s’additionnent pour en faire quelque chose d’aussi enrichissant qu’unique.

Et c’est au cours de discussions comme celles qui étaient organisées et de la pratique que je me suis rendu compte de quelque chose. Le yoga (et encore moins le yin yoga) n’a rien à voir avec du « bien-être » comme on cherche parfois à nous le vendre.

A tel point que, dans l’imaginaire collectif, le yoga est devenu quelque chose à consommer pour aller se détendre, comme on prendrait rendez-vous pour aller se faire masser. Les « Roooh eh t’es stressé-e, va faire du yoga ça te détendra » sont devenus légion.

Bien sûr qu’une séance de yoga peut faire du bien, c’est d’ailleurs ce qu’il se passe dans 90 % des cas. Elle nous rééquilibre, nous apaise ou ouvre certains espaces en nous qui créent un réel effet « bien-être ».

Mais, dire que le yoga et la méditation sont des pratiques créées exclusivement pour se faire du bien et s’apaiser est faux. Plus encore, ça ne respecte pas leur essence la plus pure.

Si c’était le cas, il s’agirait de pratiques complaisantes. Il faudrait alors s’arrêter au beau milieu d’une posture ou d’une session de méditation sous prétexte qu’on en a eu assez, que « ça nous gêne un peu » ou que « ça nous ennuie ». Il s’agirait de rester dans une totale zone de confort pour ne pas se brusquer, pour ne pas risquer de toucher à quelque chose qui serait trop compliqué à gérer pour le mental.

 

Le yoga et la méditation ne sont pas complaisants. Ce sont des pratiques qui existent depuis (quasiment) la nuit des temps pour nous faire évoluer … Et donc pour nous bousculer et nous sortir de notre zone de confort. Pour aller chercher ce qu’il y a de plus agréable mais aussi ce qui remue sévère parfois, dans les profondeurs du corps, du mental et de l’inconscient. 

Bien évidemment qu’il ne s’agit pas d’aller se faire mal, où de laisser place à tous les extrêmes sur le tapis. Bien sûr qu’il ne s’agit pas d’y performer non plus, je vous le répète constamment.

 

Il s’agit de trouver son « espace juste » comme nous l’apprend très bien le Yin Yoga, justement. 

L’espace juste … Vaste histoire, puisqu’il faut le rechercher, avant de le trouver et de le maintenir. 

Et comment le trouver ? Avec une part d’intuition, c’est certain. On ressent alors notre espace juste en nous. Comme chaque chose que nous apprend l’intuition, on sait qu’on y est arrivé, sans pouvoir vraiment se l’expliquer. 

 

Et puis il y a cet indicateur un peu plus « rationnel » qui est de réussir à faire la différence entre l’inconfort et la douleur.

La plupart des postures que vous réaliserez totalement immobile vous feront subir de l’inconfort. Ce sera la manière que votre mental aura de s’exprimer pour faire sortir le corps de cette torpeur inhabituelle. On va se retrouver avec le nez qui gratte, le pied qui tire, le bras trop tendu et que sais-je encore … 

C’est cet inconfort, physique comme mental, qui doit être dépassé dans la pratique du yoga. C’est le mental que l’on doit faire taire aussi, pour réussir à passer au-delà de nos limites, au-delà de notre inconfort. Mais sans se faire mal ! 

La douleur, de toute sorte, n’a pas sa place sur le tapis. Qu’il s’agisse d’une crampe, d’un étirement beaucoup trop intense ou d’une épaule récalcitrante, ça ne fait pas partie de la pratique du yoga. Lorsque le corps nous manifeste ses limites à travers la douleur, nous nous devons de revenir en arrière. 

C’est à nous de différencier la gêne, cette expression du corps qui nous incite à sortir d’une situation inconfortable (qu’il s’agisse d’une posture ou d’une méditation) et la douleur. Différencier le simple inconvénient du signal d’alarme, en d’autres termes.

 

C’est là qu’intervient mon propos : si nous devions être dans une dynamique de « se faire du bien », comme on irait se prélasser dans un sauna par exemple, il ne serait pas question de se retrouver dans l’inconfort que l’on cherche justement à dépasser. Nous devrions sortir de chaque posture nous mettant « mal à l’aise » pour passer à la suivante, pour faire à notre guise.

De la même manière, pour la méditation. On ne sort pas d’une session de méditation une fois que ça devient un peu compliqué parce que « c’est bon j’ai eu le temps de respirer maintenant et ça me gonfle de rester assis-e ». 

J’ai lu il, y a peu de temps, sur Instagram : « la méditation est une pratique apaisante qui relaxe le mental » … J’ai été assez déroutée par cette description d’une pratique aussi riche. La méditation peut être apaisante oui, selon les moments. Mais elle peut aussi (et surtout), être inconfortable. Elle peut même nous ramener à quelque chose de très douloureux en réveillant l’inconscient. 

 

Le yin yoga est l’exemple parfait de tout ça. En apparence, c’est une pratique qui se veut être totalement immobile, complètement détente. On ferait alors du yin quand « on cherche le calme », quelque chose de doux, d’apaisant. 

Vous me croyez si je vous dis que le yin yoga est le yoga le plus difficile que j’ai pu pratiquer ? Il est aussi puissant qu’il a l’air d’être simple. L’immobilité dans laquelle on se retrouve (entre 3 et 8 minutes par posture) peut-être tellement inconfortable … On a envie de bouger dans tous les sens. Le mental parfois prend toute la place, et il faut faire un énorme travail sur soi pour prendre le recul nécessaire pour ne plus être prisonnier de ce qu’il nous raconte.

Franchement, on est très très loin de la zone de confort qu’on s’offre lorsqu’on va se faire masser.

 

Je le redis, évidemment que le yin yoga peut nous faire un bien fou. Je trouve que c’est une pratique formidable pour rééquilibrer dans un quotidien toujours trop « yang », en mouvement et en activité permanente. Mais il peut aussi, et surtout, nous amener dans des zones plus tortueuses, et il sera donc difficile d’assimiler la séance à un moment de pure relaxation.

 

Quand je vous disais que je lançais un pavé dans la mare … J’ai bien conscience que ce que je raconte n’est pas très vendeur, sur le papier. Et pourtant, je crois aussi qu’il est nécessaire de s’organiser ce type de moment, comme la pratique du yoga, pour nous encourager à aller dépasser nos limites. Pour aller nous découvrir, dans toutes nos profondeurs. 

Peut-être que ce type de discours ferait moins rêver ? Peut-être qu’il s’agit d’une peur que les studios soient désertés si on ne vend pas « la relaxation » ? 

Et ça soulève aussi une vraie question : est-ce que tout ce travail pour dépasser ce qui nous gêne, pour nous dépasser peut faire partie du « bien-être » au sens où on l’entend ? 


Peut-être, après tout. Je n’ai de réponse arrêtée sur aucune de ces questions. Mais je crois aussi qu’il ne faut pas tout mélanger et rendre à César ce qui lui appartient. 

Je suis assez « puriste » et traditionnelle finalement dans l’approche de ma pratique. J’aime me tenir au yoga pour ce qu’il était, à l’origine. Et une chose est sûre, c’est que les pratiquants d’antan ne déroulaient pas leur tapis (si tant est qu’ils en avaient un) pour se relaxer après une journée stressante. C’était d’ailleurs le contraire : il vous fallait être apte à pratiquer et bien portant à tout point de vue. Si ce n’était pas le cas, on visitait le médecin ayurvédique avant de revenir pratiquer, une fois notre constitution redevenue saine. 

Et je crois que, malheureusement, vendre le yoga tel qu’il l’est aujourd’hui, parmi les activités « bien-être » et « détente » est dommage dans le sens où ça nous détache complètement de ce qu’il était à l’origine. On perd alors de vue son essence et son but premier, qui sont tout de même aussi beaux que puissants : laisser les êtres humains accéder à la connaissance pour devenir des êtres accomplis et heureux. 

 

Un merci tout particulier à Anne-Gaëlle pour avoir organisé un évènement et une pratique aussi riche, qui m’a vraisemblablement pas mal inspiré ! 

 

Je vous quitte aujourd’hui sur ces (nombreuses) réflexions. Au plaisir de vous revoir par ici !

 

Et surtout, prenez soin de vous,

 

Marie

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