Pourquoi il est indispensable de profiter du silence ?

Marie Shanti Yoga pourquoi il est indispensable de garder le silence

Ce 8 avril 2020 a eu lieu une super pleine lune rose (ça fait déjà beaucoup d’adjectifs) en Balance. J’ai trouvé que l’évènement était suffisamment important pour en faire quelque chose d’un peu spécial. Et, puisque nous étions tous confiné-e-s, le moment s’y prêtait particulièrement pour me connecter au maximum à cette lunaison et à ses effets.

La pleine lune, c’est en effet une période propice pour se « purifier », être reconnaissant et se défaire de toute forme de négativité ou autre chose qui nous encombrerait. L’occasion de plonger dans son intériorité pour faire le vide en nous, et cultiver la gratitude. C’est justement pour favoriser le contact avec cette intériorité que j’ai décidé de garder le silence durant toute la journée du 8 avril.

Mais pourquoi faire une chose pareille ?

Effectivement, la perspective n’avait, à la base, rien d’intuitif. Je vis avec une personne très communicante (pour ne pas dire pipelette), et les conversations et autres poussages de chansonnettes vont bon train chez nous. 

Et c’est justement parce que ce n’était pas intuitif que j’ai voulu faire cet effort. Pour tout vous dire, je n’ai pas sorti le projet de mon chapeau. Je me suis en fait inspirée des retraites de méditation Vipassana, pendant lesquelles les participant-e-s restent en silence pendant 10 jours. Et en silence, ça veut dire : pas un mot ni de prononcé, ni d’écrit et sans stimulation extérieure. Stopper tout stimuli externe donc, pour être réellement seul-e face à soi-même.

Dans mon cas précis, je me suis contentée de ne pas parler. Je n’ai donc pas effectué un réel Vipassana, je m’en suis simplement inspirée. J’ai répondu à des mails et à des sms, et j’ai écris sur un papier lorsque j’avais besoin de me faire comprendre. J’ai également écouté quelques mantras. Mais rien de plus.

Voilà donc, dans le désordre, tout ce que j’ai pu retirer de cette journée hors du temps (et du commun aussi).

 

1 - Un lien puissant avec ma pratique du yoga 

 

La pratique du yoga comprends, parmi tant d’autres, la notion de « sadhana ». Il s’agit d’un effort que nous développons dans notre cheminement, notamment spirituel, pour atteindre un objectif.

Yogi Bhajan la décrivait comme « un processus personnel dans lequel vous faites ressortir le meilleur de vous-mêmes ». La pratique quotidienne du yoga est une sadhana, dans le sens où il s’agit d’un engagement que nous prenons pour nous enrichir personnellement.

A travers le yoga, nous travaillons donc la puissance de notre volonté et surtout la discipline de notre mental. Une façon de reprendre le contrôle de sa vie. Une façon, surtout, d’aller plus profondément encore à la rencontre du Soi.

Et ce chemin n’est pas un long fleuve tranquille ! Notre pire ennemi reste notre égo qui revient régulièrement à la charge pour nous dire combien il est stupide de mettre son réveil un dimanche pour méditer et dérouler son tapis. Il s’évertue constamment à nous dire combien nous faisons des sacrifices inutiles et que nous nous infligeons des obligations dénuées de sens.

Il résiste. Il faut toujours se souvenir de notre intention de départ pour ne pas oublier POURQUOI on met en oeuvre un tel engagement. Et si ma pratique quotidienne m’a bien appris une chose, c’est que c’est en allant plus loin que ce discours mental que nous trouvons des trésors.

J’ai appréhendé cette journée de silence comme une sadhana. Un engagement que je prenais donc (de moi à moi) pour cheminer encore plus à la rencontre de moi-même. Pour affiner encore plus la discipline dont je peux faire preuve face à mon discours mental et aller au-delà de ses perturbations Et trouver, sous la couche de pensées, mon intériorité, dans toute sa joie et toute son essence. 

La voix (et toute la zone de la gorge en général) est également liée à la pratique du yoga en ce qu’elle est concernée par le troisième chakra, Vishuddha chakra. Ce chakra est associé à la communication, aux mots et aux sons. Lorsqu’il est surdéveloppé (ce qui est une forme de déséquilibre), on ne s’arrête pas de parler, on interrompt nos interlocuteurs sans forcément nous en rendre compte … Laisser ce chakra un peu en paix peut alors nous aider à contrer ce genre de déséquilibre en étant plus centré sur l’écoute que sur la parole active. Le silence nous aidera à nous rendre compte du pouvoir de nos mots et de la puissance de ce moyen d’expression qu’est la voix. 

 

2 - Une porte d’entrée privilégiée sur mon intériorité

 

Garder le silence, c’est ressentir une forme de retrait des sens. Moins concentré sur ce qu’il se passe « à l’extérieur », on privilégie alors notre petit monde intérieur. Dans un monde où l’on est sans cesse en mouvement, dans le « faire », c’est une expérience presque inédite finalement.

On se retrouve, face à soi-même. Et c’est quelque chose de très agréable, de très chaleureux. Un peu la sensation que l’on a lorsque l’on rentre à la maison, où tout autre endroit dans lequel on se sent vraiment bien. On laisse place à une tranquillité bienfaisante, qui, je dois dire, a une bonne dose de charme.

L’occasion donc de profiter de l’atmosphère merveilleuse qui règne en nous-mêmes, dans laquelle nous cultivons toute notre joie, notre inspiration et notre étincelle de vie.

C’est cette même étincelle de vie que l’on cultive par une pratique complète de yoga (postures, pranayama, méditation …). Cette expérience m’aura aussi démontré que bien des chemins, autre que celui de la pratique des postures, pouvait nous guider jusqu’à notre Soi intérieur.

 

3 - Une pratique idéale pour prendre du recul 

 

Lorsque l’on choisit de ne rien exprimer par l’intermédiaire de notre bouche, il peut arriver que tout reste contenu au stade mental. Et ça tourne en boucle, encore et encore … Sauf que ce discours mental est la seule chose sur laquelle nous avons à nous concentrer. Et il devient alors beaucoup plus facile d’observer et d’identifier ce qui se passe à l’intérieur.

Alors on questionne. On questionne ses émotions, ses réactions en chaîne (« ça m’énerve », « ça m’irrite », « ça me stresse ») en se demandant si, vraiment, elles valent le coup d’être nourries. 

C’est la première étape pour prendre du recul, et différencier le discours mental de celui du corps et du coeur. Oui, certaines choses peuvent nous attrister, nous irriter, c’est ok, nous sommes humain-e-s. Mais cette irritation doit-elle prendre toute la place en nous, au point d’éclipser complètement le moment présent et ses richesses ? Est-ce que ça vaut le coup de laisser nos réactions éclipser nos sentiments les plus sincères et profonds ?

C’est là que la magie opère. Car cette prise de recul est en fait un cadeau, qui génère énormément d’apaisement. On se rend compte qu’au quotidien, nous sommes beaucoup dans cette « réaction ». On ne fait que se calquer sur un monde qui va trop vite. On ne réfléchit pas à ce que nous cherchons à nourrir avant de nous exprimer. Alors on râle, on jure, on peste … sans prendre le temps de savoir si ça en vaut vraiment la peine. Le cadeau du silence est là : nous apprenons à prendre du recul sur chaque petite situation du quotidien avec une facilité déconcertante. 

Le silence nous offre une prise incroyable sur nous-mêmes, pour identifier et ressentir ce qu’il se passe en nous. C’est comme si tout ce qu’il se passait dans notre monde intérieur était multiplié par 1000.

 

4 - Une capacité d’écoute développée 

 

Je le disais, le silence nous aide à agir, consciencieusement, plutôt qu’à réagir. Ce sont alors toutes nos autres capacités qui sont développées, et notamment notre capacité d’écoute active. 

L’écoute, dans tous les sens du terme. L’écoute de l’autre, de soi-même, des informations données par nos sens … 

Comme je le disais plus haut, on se surprend en premier lieu à être à l’écoute de nous-mêmes. On identifie réellement nos émotions, nos besoins. Pas nos envies compulsives non, nos besoins. Pendant le confinement par exemple, notamment les premiers jours, j’ai eu tendance à beaucoup grignoter. Avec cette connexion enrichie à moi-même, il m’était beaucoup plus facile de faire la différence entre le grignotage compulsif et le besoin de manger quelque chose. J’ai trouvé ça très libérateur, me sentant détachée de toutes ces réactions mentales non maîtrisées.

Faire silence, c’est aussi prendre le temps d’écouter les autres. Décupler la compassion, l’empathie, surtout envers les gens qu’on aime et qu’on peut avoir tendance à « prendre pour acquis ». Le silence favorisant la réflexion et le recul, on développe aussi la compréhension de l’autre et de ses mécanismes.

On s’ouvre à quelque chose de beaucoup plus grand que nous. Tout autour de nous fait alors plus de sens, prend une signification vraiment plus profonde. On tend alors à se reconnecter au Tout, notion que l’on privilégie notamment dans la pratique du yoga. 

Je le redis, je ne dirais pas que cette expérience a été facile. J’ai eu des difficultés à ne pas parler parfois, à ne pas faire de bruit pour rire et à contenir les émotions (positives comme négatives) qu’il y avait en moi. 

Mais, ce que je garde en mémoire, ce sont ces moments de grâce ou, absorbée par mon propre silence, j’ai pu aller plus profondément à ma rencontre. Et c’est précisément pour cela que je pratiquerai à nouveau une ou plusieurs journées en silence. Et pourquoi pas tenter la retraite Vipassana, un jour … 

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