CES LIVRES QUI NOUS INSPIRENT (3) : "FOUTEZ-VOUS LA PAIX !" DE FABRICE MIDAL

Livre Fabrice Midal

N’avez-vous jamais remarqués que nous sommes accablés d’injonctions au quotidien ?

Nous devons : être productifs, manger parfaitement, faire du sport pour ne pas grossir, ne pas nous énerver et rester zen, être positifs tout en étant sérieux …

Et même les livres de développement personnel s’y mettent ! « Méditez ! », « Aimez-vous », « Soyez optimistes ! » Et autres titres plus impératifs les uns que les autres, tous écrits dans un seul but : nous faire tendre vers encore plus de « perfection ». 

Bon je dois admettre … « Foutez-vous la paix » c’est aussi une injonction. Mais, ne jugeons pas un livre à sa couverture (c’est le cas de le dire) : c’est à toute cette pression que Fabrice Midal décide de dire STOP. Le but de son livre « Foutez-vous la paix et commencez à vivre »? Construire une vie axée sur plus de bon sens. Un vrai plaidoyer vers plus d’authenticité et de liberté. 

Qui est Fabrice Midal ? Il est docteur en philosophie et enseignant de méditation. Il travaille d’ailleurs à partir d’une méthode qui lui est propre, à la fois très simple et très rigoureuse, mais toujours basée sur la bienveillance (envers soi-même et les autres). Il est le fondateur de l’Ecole occidentale de méditation. 

Avant d'écrire cet article ...

Avant d’écrire cet article, j’ai parlé un peu de ce livre autour de moi. Il faut dire qu’il m’a énormément enthousiasmé … Et j’ai pu remarquer que son titre pouvait réfréner certaines personnes. On m’a d’ailleurs affirmé, sans le lire, que ce livre constituait un appel au « laxisme » et qu’il proposait des idées tout à fait déconnectées et irréalisables pour quelqu’un qui vivait « une vraie vie » (vous avez maintenant 4 heures pour disserter sur le concept de « la vraie vie »).

Dans un monde en quête de toujours plus de productivité, de vitesse et de perfection, « se foutre la paix » semble être le crédo des paresseux et un appel à la procrastination. 

Et s’il s’agissait justement du noeud du problème ?

Devrions-nous vraiment nous montrer violents avec nous-mêmes pour être plus disciplinés ou plus rigoureux ?

C’est là tout le point de Fabrice Midal : lâcher-prise sur les points de pression qui nous sont imposés, c’est au contraire la promesse d’agir de manière plus juste, sans s’agiter. C’est tendre vers plus de bienveillance … Et cesser de vouloir être parfait-e ! (De toutes façons, on comprend très vite que c’est impossible, alors autant lâcher l’affaire).

D'un point de vue "littéraire" ...

Le livre est très accessible et facile à lire. Il n’est d’ailleurs pas spécialement long (à peu près 160 pages en format poche), et on sent que Fabrice Midal n’aime pas passer une éternité sur un point lorsqu’il peut l’énoncer de la manière la plus simple qui soit. Sa plume est d’ailleurs vivante, on la sent même parfois très dynamique. 

Il fait partie de ces livres rassurants que l’on peut toujours garder sur soi en cas de coup de mou par exemple. Il est divisé en plusieurs chapitres très courts, tous consacrés à une thématique différente.

C’est à mon sens un livre extrêmement libérateur, sans être complaisant. Il nous aide réellement à nous rendre compte de toute cette pression qui pèse sur nos épaules, et que nous entretenons nous-mêmes soi-disant « pour notre bien ». Lorsque l’on prend de la hauteur, ça devient d’ailleurs vraiment terrifiant … 

L’ouvrage est donc une aide précieuse pour se libérer de bien des injonctions … Qui n’ont aucun sens. 

« Vous devez être productif et être utiles » : utiles à quoi ? Pour quoi ? 

« Vous devez suivre la consigne pour bien faire » : suis-je censé obéir à une consigne que je ne comprends pas ? et que faire de ma créativité ?

« Vous devez être calme, zen, et refuser les émotions négatives » : pour quoi faire, si ce n’est me sentir moins vivant-e ? 

« Pleurer et souffrir, c’est honteux » : nous sommes pourtant tous des êtres sensibles et vulnérables 

Finalement, nous pensons nous connaître nous-mêmes uniquement au travers de toutes ces injonctions. Ce n’est pourtant qu’une fois que nous avons identifié la place qu’elles prennent dans nos vies et que nous acceptons de nous en libérer que nous prenons conscience de qui nous sommes réellement.

N’avez-vous jamais ressenti que, depuis notre plus jeune âge, on nous impose de rentrer dans un moule (« pour faire bien ») et que l’on ne nous apprend jamais que nous pouvons « prendre le risque » d’être authentiques ? Sauf que, plus on rentre dans ce moule, et plus notre lumière finit par s’éteindre. Nous devenons frustrés et avons envie d’hurler un grand « NON » parfois, tout en étant retenus par notre formatage. 

« N’ayons pas peur de nous découvrir et de vivre sans muselière » semble alors nous conseiller l’auteur.

Toute la richesse de l'ouvrage

L’ouvrage nous amène aussi vers plus de paix, que l’auteur oppose au calme, idéal lisse et parfait que l’on nous apprend à atteindre depuis toujours. « Calme-toi » doit être la phrase qui est aujourd’hui la plus entendue par tous les enfants qui, débordés par leurs émotions, semblent trop agités pour nos standards. 

Le calme justement, contrairement à l’état de paix, implique de laisser toutes nos émotions sur le bas-coté de la route. Or, que gagnons-nous à nous censurer, si ce n’est une explosion intérieure faite de frustrations et de souffrances ? 

Plutôt que de nous juger ou de nous réfréner le livre nous rappelle que d’observer ce qui nous arrive et ce qui nous touche nous permettra de nous diriger vers une voie plus bienveillante, qui nous mènera à notre propre connaissance.

Bien sûr, cela implique de prendre le temps. Le temps d’observer, le temps d’écouter la vie … Dur dur à accepter dans un monde où le summum de la réussite consiste à être surbooké ! Mais, comme l’auteur le précise, ces actions où l’on se remet en lien avec soi-même et avec la vie n’ont rien de passif : « être actif, ce n’est pas s’agiter, ce n’est pas courir vainement dans tous les sens pour donner et se donner l’impression d’être dans le faire, mais se construire en profondeur ». 

Ce que l’auteur critique, c’est que les schémas qui nous sont imposés tendent à faire de nous de braves petits robots, dotés d’une image lisse et sans vagues. Pour les amateurs de la série, vous souvenez-vous de Bree Van de Kamp dans Desperate Housewives ? Elle exerce un tel contrôle sur elle-même par désir de passer pour la femme la plus parfaite possible qu’elle ne se livre jamais sur ses joies … Ou sur son alcoolisme. Bree est une sorte d’alien, parfaite, mais manquant cruellement d’authenticité … Son personnage est, certes, caricatural. Mais il illustre si bien le harcèlement quotidien que nous nous imposons pour être (ou surtout paraître) au top ! 

La vision que nous avons de la perfection n’a rien de réaliste : nos défauts, nos vulnérabilité font partie de la vie, et font partie de ce que nous sommes. Serions-nous assez fous pour nous couper de la vie ? 

Le livre nous le conseille vivement : il nous est nécessaire de sortir de nos schémas préconçus. Pour accepter de laisser-faire, de ne pas contrôler. Pour révéler notre créativité et notre intuition qui se déploient d’autant mieux … Lorsque l’on se laisse être ! 

A partir de là, un espace plus important sera offert à une attitude plus douce envers soi, et envers les autres. L’amour commence lorsque l’on découvre que l’on est davantage soi-même auprès de l’autre … Mais il faut l’expérimenter pour s’en rendre compte. 

J’ai écris cette revue au fil de l’eau, et au fil de toutes mes émotions et remarques qui me venaient à la lecture du livre. Je n’ai volontairement pas résumé chacun des chapitres … J’ai surtout voulu vous offrir une vision globale de ce qu’il pouvait nous offrir en terme de réflexion.

L’ouvrage nous ouvre vraiment le chemin vers une aventure aussi belle que compliquée. Fabrice Midal le dit : « vivre une existence riche et pleine de sens inclut aussi les moments difficiles ».

Vous l’aurez compris, j’ai été séduite par ce petit livre qui sait doucement nous brusquer tout en retenant notre attention de la première à la dernière page. 

Bon, s’il fallait trouver un point négatif au livre : on sent que l’auteur revient très régulièrement sur la méditation et sur la pratique. Cela ne m’a pas dérangé plus que ça, mais quelqu’un qui n’est pas forcément intéressé par la discipline pourra ne pas s’y retrouver. D’autant que le livre ne semble pas, au premier abord, être axé sur la méditation, mais plutôt sur une forme de réflexion à propos de la place que nous accordons à notre propre liberté. 

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