COMMENT J'AI CHANGÉ MON RAPPORT À LA COLÈRE

Le yoga et la colère

Update : les pensées que je vous partage aujourd'hui ont été rédigées d'une traite il y a à peu près un mois, pendant le confinement. J'avais prévu de les poster aujourd'hui il y a à peu près une semaine. Lorsque je les relis, je ne peux m'empêcher de sourire en constatant la leçon d'humilité qu'elles m'enseignent encore une fois. Vous le verrez au coeur de l'article, je vous dis que je ne suis plus prisonnière de mes émotions. C'est vrai ... Mais pas toujours. Très touchée par l'affaire George Floyd ayant eu récemment lieu aux Etats-Unis  j'ai pu, à certains égards, me laisser emporter par ... Ma colère. Il me semblait important de vous signaler que le yoga nous fait prendre conscience de ça aussi ... L'impermanence des choses. Depuis que j'ai déroulé mon tapis pour la première fois, il me semble être en bonne voie vers le détachement. Mais je sais aussi que j'en suis encore loin. C'est le chemin à prendre ! Et ça fait aussi entièrement partie du processus. Bonne lecture ! 

 

Je dis souvent que le yoga m’a appris la patience, la persévérance et l’humilité. C’est vrai. C’est un peu ma sainte trinité yogique !

Ce que j’oublie de mentionner, c’est que le yoga m’a offert un espace de liberté incroyable et infini. Qui se cultive évidemment et avant toute chose en moi. On m’a souvent fait remarquer que je « militais » moins depuis que j’ai commencé à pratiquer. Que je me suis « calmée » moi qui était si en colère contre tant de choses.

Il ne faut pas se méprendre : je suis toujours autant en colère, si ce n’est plus. Et ce n’est pas une tare ! On m’a si souvent reproché de l’être. Sans considérer l’émotion de la colère à sa juste valeur. J’aime la comparer au feu : maîtrisé, il nous réchauffe, nous aide à cuire nos aliments, à brûler ce qui nous est inutile. Sans contrôle, il nous brûle, fait disparaître tout sur son passage et peut même tuer.

J’ai appris à maîtriser ma colère. Celle que je ressens lorsque je pense à la condition féminine dans le monde. Celle que je ressens face au racisme ambiant. Celle que je ressens face aux violences (physiques et sociales) subies par les LGBT. Celle que je ressens face à la production de masse qui (entre autres) tue notre terre mère à petit feu, jour après jour. Celle que je ressens quand je constate que massacrer des millions d’animaux n’est jamais considéré comme une option, mais comme une obligation.

Cette colère est en moi, c’est indéniable. Mais, grâce au yoga, j’ai appris à l’utiliser différemment. Je ne cherche plus à tout brûler sur mon passage. Je réchauffe (du moins j’essaye). Je me débarrasse de ce qui m’encombre. Je l’utilise autrement.

J’agis, de façon concrète, à mon échelle. J’écris, je parle, j’explique. Je cultive une forme de compassion qui m’était encore inédite. 

Je vous assure, c’est si bon de ne plus être prisonnier-e de ses émotions. De s’octroyer le droit de ressentir évidemment, mais de ne plus être ce soldat en première ligne face au monde. La figure que je me donnais parce que « si moi je ne le fais pas, qui le fera à ma place ? ». Quel manque d’humilité. Quel manque de confiance en l’humanité et en ses capacités incroyable de résilience. 

Alors, plutôt que d’être à la guerre, je me considère aujourd’hui comme une observatrice.

J’observe : les mécanismes, les façon de faire, les discours (ou devrais-je dire, mes mécanismes mes façons de faire, mes discours). J’apprends chaque jour à juger moins pour comprendre plus. J’observe, tout simplement. J’essaie de me débarrasser de plus en plus de ma pensée (grâce à la méditation) qui n’apporte avec elle que le fruit de mes expériences passées et me fait voir le monde sous le prisme de ces dernières, et non tel qu’il est réellement. 

Et surtout, j’ai appris à offrir. A partager pleinement et sans complexe les valeurs qui me tiennent à coeur. Celles qui fondent mon monde et qui j’espère, pourront bâtir le monde que je rêve de voir éclore demain. Un monde plus honnête, plus tolérant, plus doux aussi. Le yoga a été mon moyen pour ça, mon chemin initiatique. Même si je sais que faire du yoga ne suffit pas à changer le monde, il est, selon moi, une des meilleures façons de s’y atteler.

Car le yoga est une prise de conscience. Une prise de conscience de notre intériorité, de nos schémas qui se répètent encore et encore, et de tous nos conditionnements. Il nous apprend à agir plutôt qu’à réagir sur des fondements que nous n’avons eu de cesse de mémoriser. Il nous apprend à nous débarrasser de ceux-là, pour aller voir ce qu’il se passe sous toutes ces couches, sous tous ces diktats. Visiter notre propre sensibilité, découvrir nos valeurs, tester nos propres limites.

Et puis se poser les vraies questions. Celles qui font mal parfois, qui nous font douter. Mais toujours celles qui nous font avancer : 

  • « qu’est-ce qui me fait vibrer ? »
  • « dans quels cas je ressens de l’injustice et pourquoi ? »
  • « qu’est-ce qui me fait peur ? »
  • « suis-je à ma place ? »
  • « qu’est-ce que j’offre au monde ? »

Ça bouscule. Les réponses nous font mal parfois, nous malmènent et provoquent des remises en question majeures. Et c’est à ce prix là que, jour après jour, on change. Nos intentions, notre personnalité, notre parcours deviennent sincères.

On devient la meilleure version de soi-même, on s’illumine. Notre chemin se dessine et nous distribuons ce que nous avons de meilleur autour de nous, sans attentes. 

Nous n’aurions alors plus à nous battre pour changer les choses, qui évolueraient d’elles-mêmes.

Il ne me reste plus qu’à vous laisser imaginer quelle place nous pourrions créer si nous choisissions de tous prendre ce chemin … 

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